Comparatif écologique de la voiture électrique vs thermique

Cet outil interactif vous permet de visualiser et de comparer facilement l'impact écologique des véhicules électriques et thermiques en ajustant les paramètres.


Le verdict

Sur toute sa durée de vie, la voiture électrique est le meilleur choix, écologiquement et économiquement.

Le point de départ lui est défavorable. Elle part avec une dette carbone de fabrication plus lourde, principalement à cause de sa batterie. C'est l'objection la plus solide qu'on lui oppose, et elle est fondée.

Cette dette s'efface tôt. Quelques milliers de kilomètres suffisent, soit une fraction de la vie du véhicule. Passé ce point, l'écart se creuse en sa faveur à chaque trajet.

Et le carbone ne dit pas tout. En élargissant la perspective à l'eau, aux métaux, aux sols, aux écosystèmes marins, à la santé humaine et aux passifs laissés derrière, l'avantage devient encore plus net : le véhicule thermique exerce une pression plus forte sur huit des dix thèmes examinés.

Pression sociale et écologique
sur 5
Émissions
× plus
Ce que le véhicule thermique émet par rapport à l'électrique, sur toute sa vie et toutes chaînes comptées.
Dette de fabrication effacée
km
La seule objection sérieuse au véhicule électrique. Elle est réelle, et elle est réglée tôt dans la vie du véhicule.
Coût social évité
$ CA
Dommages climatiques épargnés, valorisés au coût social du carbone retenu dans les réglages.


Impacts sociaux et écologiques engagés pour un véhicule

L'impact d'un véhicule et de sa source d'énergie dépasse largement les seuls gaz à effet de serre : il engage aussi l'eau, les métaux, les sols, les écosystèmes marins, la santé humaine et les institutions démocratiques. Voici dix thèmes, notés de 1 (pression faible) à 5 (pression élevée). Leurs catégories s'inspirent de celles retenues dans les travaux cités en référence et dans des cadres comme IMPACT World+ et l'analyse sociale du cycle de vie. Nous y avons ajouté deux angles morts de la littérature en analyse de cycle de vie : la santé démocratique et la robustesse sociétale.

Profil comparé des dix thèmes

Véhicule électrique Véhicule à essence Axe grisé : thème ignoré

Les neuf scores de pression du tableau plus bas, de 1 au centre à 5 en périphérie. Plus la surface est vaste, plus la pression écologique et sociale est forte. Les axes réagissent aux réglages et aux pondérations que vous choisissez dans le tableau. Attention : la surface d'un tel graphique dépend de l'ordre des axes, qui reste arbitraire. C'est un profil à lire axe par axe, pas une mesure globale. Le score combiné du tableau reste le seul agrégat.

ThèmeVéhicule électrique · Chaîne électriqueVéhicule à essence · Chaîne pétrolière

GES directs et coût social du carbone

Toutes chaînes comptées, du puits à la roue d'un côté, du barrage à la roue de l'autre, fabrication et infrastructures comprises. Tous ces chiffres se règlent plus bas.

Au kilomètre zéro : les deux véhicules partent avec une dette carbone

Le mythe suppose que le thermique sort de l'usine avec une ardoise vierge. C'est faux : pour rouler, il lui faut des plateformes, des pipelines, des pétroliers, des raffineries et des stations, tous déjà construits et déjà amortissables sur lui. Cette dette existe, elle est simplement rangée hors du bilan de la voiture. Voici les deux dettes de départ, soit uniquement ce qui est réellement payé avant le premier kilomètre, des deux côtés.

Dette de départ : électrique
t CO₂e
Dette de départ : thermique
t CO₂e
Écart net au départ
t CO₂e
Écart effacé après
km

Décomposition sur la vie du véhicule

Électrique
Capital de recharge et de réseau Capital des usines et des mines Fabrication de la batterie Électricité consommée
Thermique
Capital pétrolier amorti Raffinage Amont : extraction, torchage, fuites Combustion

Les deux teintes les plus pâles sont les dettes de départ : capital industriel d'un côté, capital pétrolier de l'autre. Tout ce qui suit est payé au fil des kilomètres.

Émissions cumulées, kilomètre par kilomètre

Bilan carbone sur toute la vie du véhicule

Électrique
t CO₂e
Thermique
t CO₂e
Écart d'émissions
× plus
Coût social évité
$ CA

Réglages

Valeurs par défaut : celles des sources citées. Chaque curseur indique sa fourchette documentée. Toute modification se répercute immédiatement sur les chiffres ci-dessus et sur le tableau plus bas.

Scénarios québécois

Usage du véhicule

Kilométrage retenu pour amortir la fabrication. La valeur par défaut de 300 000 km correspond à 15 ans à 20 000 km par an, soit l'âge auquel un véhicule devient admissible aux programmes canadiens de mise à la casse. L'ICCT retient les 20 000 km annuels comme moyenne canadienne, et pousse même la durée de vie utile jusqu'à 25 ans, ce qui mènerait à 500 000 km, le maximum du curseur. Plus le kilométrage est court, plus la fabrication de la batterie pèse par kilomètre. Sur la longévité réelle des batteries, voir la note 1. ICCT, analyse canadienne de mise à la casse, 2020
6,5 L correspond à une voiture compacte, un VUS réel dépasse souvent 9 L et une camionnette approche 12 L. Une hybride non rechargeable se situe plutôt entre 4,5 et 6 L, une hybride rechargeable en usage réel dépassant souvent ses valeurs d'homologation, faute d'être branchée aussi souvent que le test le suppose (voir la note 4).
Inclut les pertes de recharge. L'hiver québécois pousse vers le haut. Une berline compacte tourne autour de 18, un gros VUS vers 25, une camionnette électrique de 35 à 45. Pensez à monter ce curseur si vous augmentez la capacité de la batterie.
Réglages avancéschaîne électrique, chaîne pétrolière et conventions de calcul

Chaîne électrique

Repères : 1,2 g (production québécoise directe, Régie de l'énergie du Canada) · 34,5 g (cycle de vie complet, Hydro-Québec, réservoirs et importations inclus) · 100 g (moyenne canadienne) · environ 480 g (moyenne mondiale) · jusqu'à 500 g pour la Saskatchewan, le réseau le plus carboné au Canada. Hydro-Québec · RÉC · Electricity Maps, temps réel
Le LFP (fer-phosphate) se passe de cobalt et de nickel. Le NMC 811 est plus dense en énergie, donc plus léger à capacité égale, mais sa cathode contient 80 % de nickel et 10 % de cobalt, ce qui alourdit son empreinte et surtout sa variance. Changer de chimie ajuste l'empreinte, la masse du bloc et le score des métaux.
LFP
NMC 811
Chaque chimie garde sa propre échelle, ce qui évite qu'une même position veuille dire deux choses. Seule la ligne de la chimie retenue alimente le calcul ; l'autre reste visible pour comparaison.

Peiseler et al. donnent, aux 5ᵉ, 50ᵉ et 95ᵉ centiles : LFP 54, 62 et 69 kg CO₂e/kWh ; NMC 811 : 59, 74 et 115. La longue queue haute du NMC vient du nickel latéritique. Attention : ces valeurs modélisent des coûts d'exploitation et excluent l'investissement en usines et en équipements. D'où le curseur suivant. Cette valeur s'ajuste seule si vous choisissez une cathode issue du recyclage. Peiseler et al., Nature Communications, 2024 · Lai et al., J. Cleaner Production, 2022
Ce que change une cathode faite de matériaux récupérés. Le curseur d'empreinte ci-dessus s'ajuste automatiquement lorsque vous basculez cette option, et vous restez libre de le déplacer ensuite.

Au niveau du bloc-batterie complet. Une analyse de cycle de vie publiée en mars 2026, fondée sur les données d'exploitation de 46 installations couvrant environ la moitié de la capacité mondiale de recyclage, chiffre le gain à 11 % pour une chimie LFP et 24 % pour une NMC 811. C'est cette valeur que l'outil applique, parce qu'elle porte sur la même chose que le reste de la page.

Au niveau du seul matériau, le gain est bien plus grand. Une étude parue dans Nature Communications établit que transformer des batteries en fin de vie en matériaux de qualité batterie réduit les impacts d'au moins 58 % par rapport à la filière minière. L'écart entre les deux chiffres n'est pas une contradiction : la cathode ne représente qu'une part du bloc, le reste venant de l'anode, du boîtier et surtout de l'électricité de fabrication des cellules.

Effet sur les autres thèmes. Activer cette option allège aussi la pression sur les métaux, sur l'eau et sur l'énergie de fabrication, l'extraction primaire étant largement déplacée. Ces effets-là sont dérivés des taux de récupération, non tirés directement des deux études.

ACV industrielle, mars 2026 · Nature Communications, 2025
Construction des gigafactories, des mines et des raffineries de matériaux, amortie sur leur production. Ajouté pour traiter les deux chaînes de la même manière : sans lui, on imputerait du capital au pétrole et pas à la batterie. Ordre de grandeur de 5 à 15 % de l'empreinte directe, conforme à la littérature sur la troncature des biens d'équipement. Méthode détaillée calcul interne
Ce qui est propre au véhicule : borne domestique et son raccordement (environ 50 kg CO₂e), quote-part du réseau public de recharge amortie sur le parc qu'il dessert (environ 20 kg), renforcement marginal de la distribution (environ 30 kg). La production et le transport d'électricité en sont exclus, car barrages, lignes et parcs éoliens figurent déjà dans les 34,5 g CO₂e/kWh d'Hydro-Québec. Méthode détaillée · Hydro-Québec, Plan d'action 2035 calcul interne
De la citadine au gros VUS ou à la camionnette électrique. La masse du bloc et le score des métaux suivent la chimie retenue ci-dessus.

Chaîne pétrolière

Origine du brut
Extraction, torchage et fuites, du puits à la raffinerie. Moyenne mondiale 10,3 ; fourchette des moyennes nationales de 3,3 (Danemark) à 20,3 (Algérie). Le Canada figure parmi les quatre producteurs les plus intensifs, les sables bitumineux albertains se situant vers 15 à 20. Les auteurs précisent que les fuites de méthane sont mal documentées et peuvent relever sensiblement ces valeurs. Masnadi et al., Science, 2018 · S&P Global, sables bitumineux
Le méthane s'échappe des puits, des pipelines et des torchères. Il réchauffe beaucoup plus fort que le CO₂, mais moins longtemps : une tonne en vaut trente sur cent ans, quatre-vingt-deux sur vingt ans. C'est le même gaz, seule change la durée sur laquelle on mesure son effet.

L'intensité du brut réglée juste au-dessus suppose, comme dans la publication d'origine, que le méthane compte pour environ un tiers des émissions amont. Ce curseur permet de contester cette part. Le laisser à 33 % reproduit la valeur publiée. Le monter augmente le total, puisque du méthane s'ajoute alors à un poste non méthanique inchangé : c'est ce que suggèrent les mesures satellitaires de l'AIE, qui relèvent des fuites supérieures aux moyennes retenues dans les analyses de cycle de vie. Les deux boutons choisissent ensuite l'horizon, et seule la part méthanique y réagit. AIE, Global Methane Tracker 2026
Désulfuration, craquage, hydrogène. Varie fortement selon la lourdeur du brut traité. Jing et al., Nature Climate Change, 2020
Énergie dépensée pour extraire le brut, le transporter et le raffiner, exprimée en pourcentage du contenu énergétique du litre livré à la pompe. À 17 %, obtenir 100 unités d'énergie sous forme d'essence en consomme 17 en amont. Il s'agit d'énergie primaire sous toutes ses formes, principalement du gaz naturel et des produits pétroliers brûlés sur place, et non d'électricité. Les sables bitumineux albertains se situent plutôt vers 25 à 30 % : il faut de la vapeur pour mobiliser le bitume, puis de l'hydrogène pour le valoriser en brut synthétique. Cette fourchette est déduite du rapport entre leur intensité carbone amont et la moyenne mondiale, plutôt que tirée d'une valeur publiée. calcul interne
Quote-part de l'ensemble du parc encore en exploitation (plateformes, puits, pipelines, pétroliers, raffineries, dépôts, camions-citernes, stations-service), soit un stock mondial de l'ordre de 19 000 G$. Ce capital est dédié au pétrole : ces installations ne servent qu'à extraire, transporter et transformer du brut. Les carburants en sont le débouché principal, le transport routier absorbant à lui seul environ 45 % de la demande mondiale, mais pas le seul : la pétrochimie, qui alimente les plastiques et les fibres synthétiques, en prend environ 15 %, le reste allant à l'aviation, au transport maritime, aux lubrifiants et au bitume. L'amortissement se faisant par litre de produits raffinés, cette part non carburant porte déjà sa quote-part du capital. Amorti sur un débit d'environ 5 800 milliards de litres par an, il ressort à 50 ou 120 g CO₂e le litre, soit 0,7 à 1,5 t pour la vie du véhicule. Le parc est colossal, mais ce qui y transite l'est tout autant : c'est le dénominateur qui écrase le résultat, pas une omission. Le calcul complet · AIE, capex amont d'environ 570 G$/an calcul interne

Conventions de calcul

Le dommage que causera une tonne de CO₂ de plus, sur des siècles, converti en dollars. Ce que ce prix compte : surmortalité liée à la chaleur, pertes de rendement agricole, montée des eaux, coûts de chauffage et de climatisation. Ce qu'il ne compte pas : biodiversité, conflits, migrations, points de bascule. C'est donc une borne basse.
Rennert et al., Nature, 2022 : 185 $ US la tonne, intervalle 44 à 413 $ entre les 5ᵉ et 95ᵉ centiles (dollars de 2020), soit environ 250 $ CA pour une fourchette de 59 à 554 $. Environnement et Changement climatique Canada retient 261 $ CA, et les deux estimations convergent. Rennert et al., Nature · ECCC
Précisions sur les calculsméthode, hypothèses et modélisation des postes d'infrastructures

Trois postes ne sont couverts par aucune analyse de cycle de vie publiée, précisément parce qu'ils tombent dans l'angle mort que cet outil cherche à éclairer. Ils ont été modélisés ici selon les conventions habituelles de l'ACV, à partir d'agrégats publiés et vérifiables. Voici la chaîne de calcul, à haut niveau.

Capital industriel de la batterie
Poste ajouté par souci de symétrie, et pour une raison précise : la référence que nous utilisons pour l'empreinte de la batterie modélise des coûts d'exploitation : électricité, réactifs, transport sur site et hors site. Ses auteurs indiquent que les coûts de transport ont été convertis en achats de diesel parce que cette catégorie n'inclut pas les dépenses d'investissement en véhicules et en infrastructures, et l'amortissement figure parmi les coûts qui restent hors de la base du calcul. Le stade de fabrication des cellules s'appuie sur ecoinvent, qui couvre partiellement les infrastructures, avec la troncature bien connue de l'ACV par procédés. Les 54 à 69 kg CO₂e/kWh sont donc essentiellement des émissions directes. Notre calcul : investissement par gigawattheure de capacité annuelle d'une usine de cellules, amorti sur sa production cumulée, converti en émissions par l'intensité carbone du dollar de construction industrielle, puis majoré du capital des mines et des raffineries de matériaux. Le résultat, quelques kilogrammes de CO₂e par kilowattheure, correspond à 5 ou 15 % de l'empreinte directe, soit l'ordre de grandeur que la littérature attribue aux biens d'équipement omis. Peiseler et al., Nature Communications, 2024
Capital pétrolier amorti
Voie hybride entrées-sorties, appliquée à l'ensemble du parc encore en exploitation. Le stock mondial se décompose approximativement ainsi : amont (puits, plateformes, collecte) de 11 000 à 14 000 G$ ; transport et stockage (pipelines, pétroliers, terminaux) de 2 000 à 3 000 G$ ; raffinage, environ 825 usines actives, de 2 500 à 4 000 G$ ; distribution au détail (dépôts, camions-citernes, stations-service) de 500 à 1 500 G$. Total de l'ordre de 19 000 G$. Rapporté à un débit mondial d'environ 5 800 milliards de litres de produits raffinés par an et à une durée de vie moyenne des actifs d'environ 25 ans, cela donne à peu près 0,13 $ de capital par litre. Converti par l'intensité carbone du dollar de construction lourde, de 0,4 à 0,9 kg CO₂e, on obtient 50 à 120 g CO₂e le litre, soit 0,7 à 1,5 t pour les litres consommés sur la vie du véhicule. Une vérification croisée par les flux donne le même résultat : les 570 G$ d'investissement amont annuel de l'AIE, majorés du reste de la chaîne, divisés par le débit annuel. Ce chiffre paraît faible au regard de l'immensité du parc pétrolier, et c'est précisément l'enseignement : le dénominateur est colossal lui aussi. La démonstration de cette page ne repose donc pas sur le capital, qui pèse environ une tonne, mais sur les flux, qui en pèsent près de quarante.
Capital de recharge et de réseau
Contrepartie électrique du capital pétrolier, pour que chaque chaîne porte ses infrastructures. Ce poste ne couvre que les équipements propres au véhicule : borne domestique et raccordement, environ 50 kg CO₂e ; quote-part du réseau public de recharge amortie sur le parc qu'il dessert, environ 20 kg ; renforcement marginal du réseau de distribution, environ 30 kg. Total de l'ordre de 0,1 t, soit à peu près 2 % de l'empreinte totale de l'électrique. La production et le transport d'électricité en sont exclus pour deux raisons. D'abord un risque de double comptage : barrages, lignes et parcs éoliens figurent déjà dans les 34,5 g CO₂e/kWh publiés par Hydro-Québec, retenus plus haut. Ensuite la nature du capital : le Plan d'action 2035 prévoit de 155 à 185 G$ d'investissements, dont 90 à 110 G$ pour répondre à la croissance de la demande, mais cette demande est celle de tous les usages. L'électrification de cinq millions de véhicules ne représenterait qu'une dizaine de pour cent des 150 à 200 TWh additionnels visés d'ici 2050 ; le reste sert au chauffage, à l'industrie, aux serres, à l'exportation. Un barrage existerait sans les véhicules électriques, qui s'y raccordent au coût marginal, et il alimente des secteurs sans rapport avec la mobility. Une raffinerie et un pipeline ne servent qu'au pétrole. Leurs débouchés ne sont pas uniquement les carburants, puisque la pétrochimie en prend environ 15 % et que le reste va à l'aviation, au maritime, aux lubrifiants et au bitume, mais tous appartiennent au même système. L'amortissement par litre de produits raffinés répartit d'ailleurs le capital sur l'ensemble de ces débouchés, pétrochimie comprise. Le capital pétrolier est dédié, le capital électrique est partagé, et l'écart entre les deux montants reflète une différence réelle plutôt qu'une omission. Réserve à connaître : ce raisonnement vaut pour un véhicule supplémentaire aujourd'hui, alors que l'électrification d'un parc entier exige de nouveaux approvisionnements dont le coût marginal n'est plus nul. Hydro-Québec, Plan d'action 2035

Statut de ces chiffres. Ce sont des ordres de grandeur défendables, pas des mesures, et ils n'ont pas été révisés par les pairs. Chacun repose sur des agrégats mondiaux dont les sources sont liées, et sur des allocations qui restent des choix. C'est pourquoi tous sont réglables : si vous jugez une allocation trop généreuse, ramenez le curseur. La conclusion d'ensemble ne dépend d'aucun de ces postes pris isolément.



FAQ

1. La batterie survit-elle au véhicule ?

C'est l'objection la plus fréquente au scénario retenu ici, soit 300 000 km sur quinze ans : si la batterie meurt en cours de route, l'amortissement s'effondre. Les données de flotte récentes disent le contraire.

Ce que mesurent les flottes. L'analyse Geotab publiée en janvier 2026, portant sur plus de 22 700 véhicules électriques et 21 modèles, situe la dégradation moyenne à 2,3 % par an, en hausse par rapport aux 1,8 % de son édition précédente, l'écart s'expliquant surtout par la généralisation de la recharge rapide en courant continu. Le même jeu de données donne le chiffre qui compte pour un usage québécois typique : les véhicules rechargés principalement en courant alternatif, à domicile, se dégradent d'environ 1,5 % par an.

Ce que cela donne au terme des quinze ans. À 1,5 % par an, la batterie conserve environ 80 % de sa capacité, très au-dessus du seuil de garantie de 70 %. À 2,3 %, la moyenne toutes recharges confondues, elle est à environ 71 %, donc encore tout juste au-dessus. Il faut un usage intensif de bornes rapides à haute puissance, autour de 3 % par an, pour descendre à 63 % et franchir ce seuil, ce qui arriverait vers la douzième année.

Autrement dit, le scénario par défaut de cet outil tient dans les deux premiers cas, et seul le troisième supposerait un remplacement ou une capacité réduite en fin de parcours.

Deux nuances comptent. La dégradation se concentre dans les deux premières années puis la courbe s'aplatit, si bien qu'une projection linéaire sur quinze ans surestime probablement la perte. Et une capacité de 80 % ne signifie pas une panne : elle signifie une autonomie réduite d'un cinquième, ce qui reste utilisable pour la plupart des trajets.

Le Battery Performance Index 2025 de Generational, qui a mesuré des véhicules de 0 à 12 ans chez 36 constructeurs, va dans le même sens : état de santé moyen de 95,15 % sur l'ensemble de la flotte, et 88 à 95 % pour les véhicules ayant dépassé 160 000 km. Nous retenons 1,5 % par an, parce que cette valeur correspond au profil de recharge dominant au Québec, mais la fourchette mérite d'être citée dans les deux sens.

Geotab, analyse 2025-2026 · Generational, Battery Performance Index 2025

2. Et si je garde mon vieux thermique plutôt que d'acheter un électrique neuf ?

Cet outil compare deux véhicules neufs, ce qui n'est pas la situation de la plupart des gens. Beaucoup possèdent déjà une voiture à essence et se demandent s'il vaut mieux la faire durer. La question est différente, plus difficile, et notre outil n'y répond pas.

Faire durer un objet évite d'en fabriquer un autre, ce qui est presque toujours le bon réflexe écologique.

La voiture thermique est l'une des rares exceptions à cette règle, avec la chaudière à gaz, parce que sa phase d'usage écrase sa phase de fabrication : chaque kilomètre supplémentaire coûte davantage que ce que la fabrication d'un remplaçant coûterait une seule fois.

Le Réveilleur a consacré une vidéo entière à cette question, avec ses sources complètes. Nous la recommandons plutôt que d'en donner ici une version approximative.

Garder sa vieille voiture thermique, plus écolo… vraiment ? · Page de sources

3. Ce que l'essence coûte à l'économie québécoise, et pas seulement au climat

Cet outil ne compte que les impacts environnementaux. Il en manque un, purement économique, mais structurant au Québec : chaque litre de carburant est importé, chaque kilowattheure est produit ici.

Le Québec n'extrait pas de pétrole. Ses raffineries traitent du brut venu de l'Ouest canadien et des États-Unis. Selon la Chaire de gestion du secteur de l'énergie de HEC Montréal, la consommation de produits pétroliers a atteint 20,2 milliards de litres en 2024, en hausse de 2,1 %. La transition n'a donc pas encore inversé la courbe.

Chaque dollar dépensé à la pompe quitte en bonne partie l'économie québécoise, alors qu'un dollar d'électricité y reste, sous forme de revenus d'Hydro-Québec, de redevances et d'emplois.

S'ajoute un enjeu de fiabilité et de robustesse sociétale. Le pétrole vient de loin, par pipelines et par navires, au terme d'une chaîne exposée aux conflits, aux sanctions, aux tarifs douaniers et aux décisions de quelques pays producteurs. Son prix suit ces secousses : il peut varier de moitié en quelques mois, sans que le Québec y puisse quoi que ce soit. L'électricité québécoise est produite ici, ses tarifs sont fixés par un processus public et évoluent lentement. Se déplacer à l'électricité, c'est donc troquer une dépense volatile et importée contre une dépense stable et locale, ce qui vaut autant pour le budget d'un ménage que pour la résilience d'une économie.

Un ordre de grandeur du même mécanisme. En 2026, l'analyse d'impact réglementaire du ministère de l'Environnement chiffrait à 17 milliards de dollars le coût net de l'assouplissement des cibles de véhicules zéro émission d'ici 2035, un fardeau reporté sur les ménages, contre 2,7 milliards d'économies pour les constructeurs, les stations-service, les grossistes pétroliers et les raffineries, coûts environnementaux exclus.

Attention à ne pas confondre les deux chiffres : le second porte sur l'effet d'une décision réglementaire précise, pas sur le coût annuel des importations pétrolières.

Journal de Montréal · La Presse, chronique de Francis Vailles · État de l'énergie au Québec 2026, HEC Montréal

4. Quels véhicules branchables sont offerts au Canada ?

Équiterre tient un catalogue de tous les véhicules rechargeables vendus au Canada, entièrement électriques comme hybrides rechargeables, avec leurs autonomies et leurs prix.

Notre recommandation : privilégier le 100 % électrique plutôt que l'hybride rechargeable. Les données européennes de l'ICCT, tirées des compteurs embarqués de plus de 800 000 véhicules, montrent que les hybrides rechargeables émettent en conditions réelles jusqu'à cinq fois plus que leurs valeurs d'homologation, et que l'écart s'est creusé de 265 % en 2021 à 400 % en 2023.

Trois causes à cet écart. Les conducteurs branchent moins souvent que le test ne le suppose. Le moteur thermique se déclenche en même temps que l'électrique au lieu du tout-électrique. Et transporter deux motorisations alourdit le véhicule. La Commission européenne a d'ailleurs révisé son facteur d'utilisation en 2025, avec un nouvel ajustement prévu pour 2027.

Au Québec, l'argument se double d'un enjeu local : l'hybride rechargeable continue de brûler de l'essence importée là où le tout-électrique roule à l'hydroélectricité produite ici.

Catalogue des véhicules rechargeables, Équiterre · ICCT, 2026

5. Et côté portefeuille ?

Le prix plus élevé de l'électrique se rembourse-t-il ? Ce calculateur reprend le kilométrage de vie et les deux consommations réglés plus haut, et y ajoute les valeurs que vous pouvez modifier ici. Inscrivez les prix réellement payés, taxes et rabais gouvernementaux compris. L'entretien est estimé automatiquement.

champs propres à l'électrique  ·  champs propres au thermique  ·  la mise de fonds et la durée du prêt s'appliquent aux deux.

$ CA, prix total payé
$ CA, prix total payé
$ le litre
$ le kWh, tarif domestique
% annuel, 0 pour un achat comptant
% annuel, 0 pour un achat comptant
$ CA, versé comptant, identique pour les deux
mois, 0 pour un achat comptant

Entretien. Une vidange d'huile synthétique à 145 $ tous les 8 000 km pour le thermique, aucune pour l'électrique. Un remplacement de freins à 700 $ tous les 60 000 km pour le thermique contre tous les 150 000 km pour l'électrique, le freinage régénératif épargnant les plaquettes. Plusieurs postes qui avantagent aussi l'électrique sont volontairement ignorés, dont les bougies, le système d'échappement, la courroie, la transmission et les filtres : l'estimation reste donc prudente.

Financement. Les intérêts sont calculés sur un prêt à mensualités constantes portant sur le solde, soit le prix moins la mise de fonds. Celle-ci est supposée identique pour les deux véhicules, puisqu'elle reflète l'argent dont dispose l'acheteur et non le véhicule choisi. Inscrivez 0 comme durée, comme taux ou une mise de fonds égale au prix pour simuler un achat comptant. Les deux taux sont réglés à la même valeur par défaut, afin que la comparaison ne porte que sur le véhicule ; ajustez-les si les conditions qui vous sont offertes diffèrent.

Ce qui reste hors du calcul. L'assurance, l'immatriculation, les droits d'immatriculation additionnels imposés dans certaines provinces aux véhicules électriques, la valeur de revente et le coût d'achat et d'installation d'une borne domestique, environ 350 $ après les rabais gouvernementaux.

6. Suis-je écolo si je roule à l'électrique ?

Pas exactement. Cet outil montre qu'une électrique émet plusieurs fois moins qu'une thermique équivalente, ce qui en fait un bien meilleur choix, pas un geste écologique en soi.

La voiture la plus écologique reste celle qui n'est jamais construite : ni batterie, ni capital pétrolier, ni kilowattheure. Marcher, pédaler ou prendre le transport collectif efface l'essentiel du bilan au lieu de le réduire.

Ces modes apportent ce que le carbone ne mesure pas. La mobilité active est associée à de meilleurs indicateurs de santé cardiovasculaire. Et posséder une voiture coûte cher : environ 1 310 $ par mois à Montréal selon une étude citée par L'actualité, soit près de 16 000 $ par année qu'il est possible de réduire fortement en changeant de mode.

Des solutions intermédiaires existent. Pour les trajets où le vélo ordinaire ne suffit pas, Équiterre rappelle que l'intérêt du vélo à assistance électrique n'est pas de remplacer la marche ou l'autobus, mais bien l'auto solo. Pour les besoins occasionnels, l'autopartage rend réaliste le fait de se passer d'un véhicule personnel là où le service existe.

Une pression que le bilan carbone ne capte pas : chaque voiture, quelle que soit sa motorisation, réclame de l'espace. Stationnements de rue et de surface, garages, voies élargies, normes minimales de cases par logement, tout cela façonne des villes plus étalées, plus minéralisées et plus chaudes, au détriment du logement, des arbres et des espaces publics. Remplacer un moteur ne libère pas un mètre carré.

Reste une condition que l'individu ne contrôle pas. Ces choix ne sont accessibles que si les paliers de gouvernement financent le transport collectif, les voies cyclables et l'aménagement qui les rendent praticables, ce qui fait de la mobilité un enjeu citoyen autant qu'un choix de consommation.

Et si un véhicule personnel demeure indispensable, alors oui, l'électrique l'emporte nettement sur le thermique, financièrement comme écologiquement, sur toute sa durée de vie.

L'actualité, coût de possession · La Presse, payer moins pour se déplacer · PubMed, transport actif et santé · Équiterre, vélo à assistance électrique


Sources

  1. Adebayo, T. S. et coll. (2025). Can household energy efficiency dampen crude oil price volatility in the United States? PLOS One. La réduction de la consommation pétrolière des ménages atténue la volatilité du prix du brut.
  2. Agence internationale de l'énergie. (2021). The role of critical minerals in clean energy transitions. AIE.
  3. Agence internationale de l'énergie. (2025). World energy investment 2025. AIE.
  4. Agence internationale de l'énergie. (2026). Global methane tracker 2026. AIE.
  5. Arslanoğlu, H., & Yaraş, A. (2021). Recovery of molybdenum, cobalt and nickel from spent hydrodesulphurization catalyst through oxidizing roast followed by sodium persulfate leaching. Sustainable Materials and Technologies, 28, e00286.
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