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L’axe horizontal va de la régression, c’est-à-dire du durcissement fossile assumé, jusqu’à la transformation systémique, en passant par le statu quo puis par les réformes. Le statu quo n’est donc pas l’origine de l’axe : on peut reculer.
L’axe vertical reprend la distinction de Dryzek entre discours prosaïques, qui traitent les problèmes à l’intérieur du châssis politico-économique de la société industrielle, soit le marché, l’État administratif, la démocratie libérale et l’impératif de croissance, et discours imaginatifs, qui redéfinissent ce châssis. Cet axe ne mesure pas la profondeur du bouleversement des rapports de pouvoir, qui se lit plutôt sur l’axe horizontal et sur l’échelle de la justice.
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| PostureFamille et numéro | En une phraseFormulée de l’intérieur | Concepts clésDurabilité, vivant, vision | Solution privilégiéeLeviers mobilisés | Croissance et technologieRégime d’accumulation | Ancrages observésQuébec et Canada |
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Méthodologie
La structure des familles reprend celle de la version précédente de cet outil, un classement par profondeur du changement visé, de l’obstruction assumée à la transformation systémique, et lui ajoute deux compléments : une famille Alerte sur les limites, qui relève d’un axe diagnostique plutôt que d’un degré de radicalité, et un Point de vigilance consacré aux dérives autoritaires.
Ce classement n’est pas propre à Pareto : il recoupe le continuum du Just Transition Research Collaborative (2018) : statu quo, réforme managériale, réforme structurelle, transformation. Ce continuum dérive lui-même de la cartographie à deux axes de Hopwood, Mellor et O’Brien (2005). Nos familles B et C relèvent pour l’essentiel des deux registres réformistes, la famille E des deux derniers. Le JTRC souligne d’ailleurs que son pôle transformateur rejoint largement la pensée de la décroissance, et que le maintien du statu quo peut lui-même être tenu pour injuste.
L’ossature théorique reste Dryzek, dans sa quatrième édition (2022) et non plus la troisième : elle ajoute un discours au corpus, le gray radicalism, rendu en français par « radicalisme gris » ou « anti-environnementalisme gris », et referme le livre sur l’Anthropocène et la réflexivité écologique. Ce dixième discours correspond à notre posture Obstructionnisme fossiliste, que la version précédente avait construite sans appui canonique. Il ne se confond pas avec le prométhéisme, que Dryzek traite séparément : la famille qui les réunit s’appelle donc Contester le problème, puisque son unité tient au refus du diagnostic et non à un programme commun d’obstruction. Les dix discours de Dryzek sont tous représentés ici. La boussole rend explicites les deux axes qu’il propose : la remise en cause plus ou moins profonde du système industriel, et l’opposition entre discours prosaïques et imaginatifs, que la version précédente utilisait déjà sous forme d’étiquettes.
Trois cadres postérieurs complètent Dryzek sans le remplacer, aucun ne couvrant l’ensemble du spectre : Ekberg et coll. (2022) pour l’obstruction, décomposée en trois niveaux : primaire (déni du constat), secondaire (report délibéré), tertiaire (entrave involontaire d’acteurs bien intentionnés) ; le JTRC (2018) et Morena, Krause et Stevis (2020) pour les degrés d’ambition de la transition juste ; Köhler et coll. (2019) et Geels pour les transitions sociotechniques.
Douze postures ont été ajoutées à la version précédente pour corriger une asymétrie de granularité : le pôle obstructionniste y était finement découpé alors que le pôle transformateur tenait en une seule case, ce qui masquait des désaccords profonds entre décroissance, écosocialisme, justice décoloniale et écologie profonde. Les familles gestionnaires ont elles aussi été différenciées, car l’expertise administrative, la délibération citoyenne et les instruments de marché ne relèvent pas de la même logique.
Ce que la grille de Dryzek ne capte pas. Son cadre de référence est d’abord institutionnel. Trois critiques lui sont régulièrement adressées. Les travaux d’économie politique, ceux de Malm en particulier, lui reprochent de traiter les discours comme trop autonomes des intérêts matériels, alors que l’inertie s’explique surtout par le pouvoir structurel du capital fossile. Les lectures féministes et décoloniales relèvent que ni le genre, ni la race, ni l’héritage colonial ne structurent ses deux axes, alors qu’ils déterminent qui subit quoi. Blühdorn soutient enfin que le verrou décisif est normatif et culturel plutôt qu’institutionnel, nos sociétés sachant sans agir. Les six échelles conceptuelles de cet outil répondent en partie à ces angles morts : celle de la justice porte ce que les axes ne portent pas, celle du rapport au vivant capte la dimension normative, et celle de la croissance rend visible l’intérêt matériel.
Symétrie du traitement. Chaque posture est d’abord énoncée telle que ses porteurs la défendraient, puis assortie de ce qu’elle apporte au débat et de ce qu’on lui reproche, sources à l’appui, y compris pour les postures dont Pareto est proche. Seul le point de vigilance ne se voit pas reconnaître d’apport propre. S’ajoute la question que chaque posture adresse aux autres : c’est le dispositif pédagogique central de l’outil.
Concepts. Les notions transversales ne sont pas des étiquettes libres mais six échelles ordonnées, de deux à cinq positions chacune, soit vingt-trois concepts définis une seule fois et appliqués aux dix-huit postures. C’est ce qui rend la comparaison possible : on voit d’un coup quelles postures partagent une position, y compris à travers les familles. La durabilité suit l’opposition classique entre durabilité faible et forte (Boisvert et coll., 2020) et ne connaît donc que deux valeurs. Deux postures restent sans position sur certaines échelles, ce qui est une information et non une lacune : le pragmatisme démocratique laisse la question au débat, et l’état d’urgence se définit par un moyen plutôt que par une doctrine.
Termes clés. Le lexique est commun à tout l’outil : un terme y figure une seule fois et pointe vers les postures qui l’emploient, ce qui fait apparaître des recouvrements autrement invisibles, de la planification écologique aux communs. Chaque terme est rangé dans l’une de quatre natures, selon qu’il désigne un courant qui se nomme ainsi, un concept forgé par la recherche, un mot d’ordre revendiqué dans le débat, ou un instrument de politique publique. Neuf termes sont signalés comme disputés, parce que plusieurs postures les emploient dans des sens incompatibles ; leur fiche précise qui les emploie et en quel sens.
Figures de proue. Chaque fiche nomme un auteur ou un acteur emblématique du discours, choisi pour la clarté pédagogique et parce que son rôle est documenté. Il ne s’agit ni d’un porte-parole officiel, ni d’une réduction de la personne à la posture, ni d’un jugement sur elle : plusieurs de ces figures ont défendu par ailleurs des positions étrangères à la case où elles apparaissent.
Ancrages politiques. Les mentions de partis situent des tendances observables dans les plateformes, les votes et les prises de parole publiques, non des identités fixes : une formation abrite le plus souvent plusieurs postures selon l’enjeu et le porte-parole. Ces attributions sont datées, révisables, et devraient idéalement être adossées à un relevé documenté ; elles engagent Pareto et non les auteurs cités.
Limites assumées. Toute typologie découpe un continuum. Les frontières entre postures voisines sont poreuses, les positions sur la boussole sont indicatives, et le corpus reste dominé par des sources occidentales malgré l’intégration de travaux décoloniaux et autochtones.
Notes de version
20260812
- Passage de 6 à 18 postures ; différenciation du pôle transformateur, jusque-là en une seule case.
- Ajout des familles Alerte sur les limites et Point de vigilance (état d’urgence et autoritarisme des limites).
- Ajout, pour chaque posture, d’un bloc « apports / critiques » et d’une question adressée aux autres postures.
- Ajout d’une boussole à deux axes, de la recherche plein texte et des filtres par famille ; le tableau n’exige plus le plein écran.
- Références assignées posture par posture ; bibliographie portée à plus de soixante-dix entrées.
- Attributions partisanes regroupées, datées et explicitement présentées comme des tendances révisables.
- Bascule de Dryzek 2013 (3ᵉ éd.) vers 2022 (4ᵉ éd.) : la posture Obstructionnisme fossiliste est rattachée au « radicalisme gris », discours ajouté par Dryzek dans cette édition.
- Famille A renommée Contester le problème : elle réunit le refus du diagnostic sous ses deux formes, la négation active et le refus des limites, que le mot « obstructionnisme » confondait. Le prométhéisme passe en conséquence dans la bande du statu quo, puisqu’il ne milite pas pour défaire les politiques existantes.
- Cinquième position Relativisé ajoutée à l’échelle du cadrage de la crise, entre Nié et Carbocentré. Plus aucune posture ne partage son profil conceptuel avec une autre.
- Familles adossées au continuum du Just Transition Research Collaborative (2018) et à Hopwood, Mellor et O’Brien (2005).
- Référence non stabilisée sur le populisme carbone remplacée par Ekberg et coll. (2022) et sa typologie de l’obstruction en trois niveaux.
- Lexique commun de 81 termes dédoublonnés, classés en quatre natures, tous définis, avec 9 termes signalés comme disputés et un index alphabétique.
- Remplacement des 84 étiquettes libres par un vocabulaire contrôlé de six échelles et une vingtaine de concepts, chacun défini, cliquable et filtrable ; ajout d’un glossaire et d’une coloration de la boussole par concept.
- Ajout d’une figure de proue par posture ; axe horizontal de la boussole étendu vers la gauche pour distinguer la régression du statu quo ; nom de la posture affiché au survol des pastilles.
20260629
- Nouveau titre ; famille « Obstruction douce » renommée « Retardement structurel ».
- Déplacement du PLC vers le retardement structurel ; ajout du populisme carbone et du glossaire.
Index des termes clés
Quatre-vingt-un termes, tous définis, dédoublonnés et classés par nature. La nature indique si le mot est revendiqué par les acteurs ou forgé par la recherche pour les décrire. Le signe ≠ marque les termes que plusieurs postures emploient dans des sens incompatibles.
Glossaire des concepts
Chaque posture est située sur six échelles ordonnées. Cliquez sur une position pour voir sa définition et les postures qui la partagent. La couleur va du bord le moins engagé de l’échelle vers le plus engagé ; elle indique une position, pas un jugement.
Bibliographie complète
Cadrage théorique : environmental discourse analysis (comment les acteurs construisent et opposent des récits sur la crise), political economy (rapports de pouvoir et intérêts économiques sous-jacents) et political ecology (écologie, pouvoir et justice dans les conflits socio-environnementaux).